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GORASNOV

L'Atlantide de Colchide 

Entre le réel et la mémoire du monde

Au pied du mont Shkhara, Anoushka photographie les jeux de lumière sur le glacier. Rémy, son mari historien, commente les strates géologiques du paysage. Elle n’écoute pas. Quelque chose d’autre circule dans l’air — un chant qu’elle seule perçoit — et la mène à une femme énigmatique. Taisiya lui parle de vallées qui n’apparaissent sur aucune carte, et ne s’offrent qu’à ceux qui savent voir au-delà des apparences.
Entre les légendes des Nartes et les récits de la Colchide, Anoushka s’enfonce dans un territoire où Histoire et mythe se confondent.
Au cœur du Haut-Caucase, les glaciers conservent davantage que la glace — la mémoire d’un monde oublié : Gorasnov.

Gorasnov,
L'Atlantide de Colchide

Après L'Orphelin au Sang Bleu, les Chroniques de Tamur se poursuivent au cœur du Caucase

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Les quatre strates de réalité

Gorasnov n’est pas un lieu unique, mais une superposition instable de quatre niveaux de réalité :

Strate géopolitique 
contemporaine

(Émeraude-K12, Petrov, Alex)

Strate historique enfouie

(Colchide, Romanov, exils caucasiens)

Strate mythologique active

(Médée, Prométhée, Nartes)

Strate intérieure instable

où la perception d’Anoushka se déforme progressivement

Le monde de Gorasnov

Gorasnov est une confédération de douze vallées autonomes. Chacune fonctionne comme une intelligence vivante du tout et possède sa mémoire, ses savoirs, ses ressources et son rôle dans l’équilibre global : matière, énergie, mémoire, communication. Aucune hiérarchie centrale ne gouverne l’ensemble. Les décisions émergent de processus distribués, proches de dynamiques naturelles — murmurations d’étourneaux, bancs de poissons, flux souterrains — où l’équilibre remplace l’autorité. Plutôt qu’un territoire, Gorasnov est une architecture sensible où matière, mémoire et perception interagissent en permanence. Les trois grandes familles de vallées A. Transformation de la matière 1) Kheora Les Kheora sont les botanistes et guérisseurs végétaux de Gorasnov. Ils maîtrisent la phytomédecine, cultivent les herbiers communautaires et transmettent les savoirs liés aux plantes médicinales. Ils interviennent dans les soins publics, les rites de guérison et la préservation écologique. Symbole : fleur de givre en verre soufflé Surnom : Les Gardiens du Souffle Vert 2) Sylvandar Les Sylvandar sont des bâtisseurs spécialisés dans l’architecture vivante. Ils conçoivent des cités intégrées au vivant : arbres structurants, bâtiments en croissance, forêts habitées. Ils enseignent les techniques de construction symbiotique. Symbole : clé en spirale végétale Surnom : Les Architectes du Vivant 3) Ojaleshi (vigne grimpante) Les Ojaleshi sont les maîtres des vignes, de la cuisine et des rituels festifs. Ils organisent vendanges, banquets et transmissions culinaires. Ils assurent la cohésion sociale à travers les célébrations collectives. Symbole : grappe de raisin vermeil Surnom : Les Vignerons des Songes 4) Nartadia Les Nartadia constituent la caste guerrière et forgeronne d’origine mythique. Ils perpétuent les arts martiaux rituels et la forge sacrée. Ils transmettent oralement les récits héroïques anciens. Symbole : épée levée encadrée de bras Surnom : Les Enfants des Titans 5) Forgeranor Les Forgeranor sont les maîtres des mines et de la métallurgie. Ils extraient les minerais, conçoivent les alliages et fabriquent outils, mécanismes et objets rituels. Ils assurent aussi la stabilité des galeries souterraines. Symbole : marteau et enclume d’ambre Surnom : Les Forges du Vent 6) Jovalin Les Jovalin sont les orfèvres et joailliers de Gorasnov. Ils travaillent pierres précieuses et métaux fins pour créer bijoux, reliquaires et objets de prestige. Ils assurent la conservation des pièces patrimoniales. Symbole : éclat de gemme Surnom : Les Gardiens des Éclats B. VALLÉES DES ÉNERGIES ET DES FLUX 7) Hydrasius Les Hydrasius sont les ingénieurs de l’eau et des réseaux souterrains. Ils conçoivent qanats, canaux et systèmes hydrauliques complexes. Ils assurent l’irrigation, l’eau potable et les usages rituels de l’eau. Symbole : cercle de fontaine Surnom : Les Maîtres des Fontaines 8) Thermoris Les Thermoris maîtrisent la géothermie et les énergies souterraines. Ils exploitent la chaleur du sous-sol pour les forges, bains et systèmes thermiques. Ils encadrent strictement les équilibres d’extraction énergétique. Symbole : flamme triple dans un anneau de pierre Surnom : Les Veilleurs du Feu Caché 9) Veralia Les Veralia sont maîtres verriers et artisans de la lumière. Ils fabriquent vitraux, objets optiques et instruments symboliques. Leur travail relie matière, lumière et perception. Symbole : éclat de verre incandescent Surnom : Les Sculpteurs de Lumière C. VALLÉES DE LA MÉMOIRE ET DE LA CONSCIENCE 10) Morpheos Les Morpheos sont les spécialistes du sommeil et du rêve. Ils accompagnent les états oniriques, interprètent les rêves et explorent les consciences altérées. Ils interviennent aussi comme thérapeutes du psychisme nocturne. Symbole : ailes de papillon Surnom : Les Tisseurs de Nuit 11) Lethe Les Lethe travaillent sur l’oubli, le deuil et la guérison émotionnelle. Ils accompagnent les processus de libération mémorielle et de transformation psychique. Ils interviennent lors des ruptures, initiations et crises collectives. Symbole : eau circulaire claire Surnom : Les Porteurs de l’Eau Claire 12) Telloria Les Telloria sont les gardiens des récits et de la mémoire collective. Ils transmettent histoires, lois et traditions par la parole. Ils assurent la continuité culturelle de Gorasnov. Symbole : amphore noire aux reflets dorés Surnom : Les Tisseurs de Souvenirs Note philosophique « La sensibilité du minéral reste souvent latente, faute de rencontre avec un sujet capable de percevoir la vie qui germe dans la pierre. » — Gaston Bachelard

Recherche et inspiration

Une fiction nourrie par des sources historiques et mythologiques :

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Colchide antique

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Légendes des Nartes

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Traditions ingouches et ossètes

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Villages de Svanétie

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Romanov et exils russes blancs

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Architectures souterraines des qanats

Aux origines de Gorasnov

Paysages, mythes et savoirs anciens qui ont nourri l’écriture du roman.
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Pourquoi le Caucase ?

Entre la mer Noire et la mer Caspienne s’étend le Caucase, vaste espace charnière de l’Eurasie, partagé entre le Caucase septentrional (ou Grand Caucase) au sud de la Russie et le Petit Caucase, qui forme l’arc montagneux reliant la Géorgie à l’Arménie et à l’est de la Turquie. Cette région, l’une des plus anciennes zones habitées et traversées du continent, constitue depuis l’Antiquité un carrefour de peuples, de langues et de récits. Dans les traditions anciennes, ce relief n’est pas seulement une frontière géographique : il devient une limite symbolique du monde connu. Les Grecs y situaient les confins de leurs récits héroïques, où les Argonautes atteignent la Colchide, terre de Médée, au bord oriental de la mer Noire — ancrage mythique qui associe durablement le Caucase occidental aux cycles épiques de la Grèce archaïque. Les traditions bibliques, quant à elles, ne nomment pas le Caucase, mais plusieurs passages ont été interprétés, dès l’Antiquité tardive puis dans les lectures médiévales, comme désignant les marges septentrionales de cette région. Ainsi, les “montagnes d’Ararat” évoquées dans la Genèse (Gn 8:4) sont associées au plateau d’Urartu, zone historique englobant l’Arménie et les contreforts du Petit Caucase. De même, les prophéties d’Ézéchiel (Ez 38–39) évoquant Gog et Magog “venus des extrémités du nord” ont été situées, dans certaines traditions exégétiques, dans les espaces montagneux au nord de l’Anatolie et autour des chaînes caucasiennes. Enfin, les récits du Déluge et les généalogies post-diluviennes (Gn 10) ont nourri, dans les commentaires anciens, l’idée d’une diffusion des peuples depuis ces marges septentrionales. Ainsi, entre héritage géographique réel et couches d’interprétations successives, le Caucase s’est progressivement constitué comme une zone de condensation mythologique : un espace où la mémoire historique, les récits bibliques et les imaginaires antiques se superposent sans jamais se stabiliser.

Les qanats

Les qanats sont des systèmes d’irrigation souterrains très anciens, conçus pour capter l’eau des nappes souterraines — souvent alimentées par les infiltrations des zones montagneuses — et la transporter sur de longues distances sans évaporation. On en retrouve sous différentes formes dans plus de trente pays, de l’Asie centrale à la péninsule Arabique, jusqu’aux marges de l’Inde et de la Chine occidentale : karez, khettara, foggara, falaj… Dispersés entre déserts et montagnes, ils témoignent d’une même idée : faire circuler l’eau sous la terre, là où elle ne s’évapore pas. Sous les terres sèches, l’eau ne jaillit pas vers la surface : elle glisse en profondeur. Les anciens creusaient depuis la montagne une veine invisible jusqu’à la nappe cachée. Une galerie suivait ensuite la pente du sol, suffisamment douce pour que la gravité entraîne l’eau. À intervalles réguliers, des puits verticaux traversaient la terre. Ils servaient à ventiler le tunnel et à en assurer l’entretien. Dans ces conduits obscurs, les muqannis — puisatiers traditionnels de l’ancienne Perse, spécialistes du creusement et de la maintenance des qanats — travaillaient à l’aveugle, guidés par le bruit de l’eau plus que par la lumière.

Gorasnov est un territoire protégé où souvenirs enfouis et mémoires refoulées refont surface, déformant les trajectoires du réel.

À mesure qu’Anoushka traverse les Douze Vallées, la frontière entre histoire, mythe et mémoire devient instable — jusqu’à disparaître.

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cinq extraits de — GORASNOV, L’Atlantide de Colchide

Une traversée du Caucase et des profondeurs humaines

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